Le terreau écologique fait germer de nouvelles opportunités d’entretien durable des espaces verts

Matière jusqu’alors incontournable dans la composition du terreau, la tourbe reste une ressource limitée et non renouvelable à l’échelle humaine. Bonne nouvelle : le terreau peut s’inscrire lui aussi dans une logique de développement durable ! Paysalia est parti à la rencontre d’Emmanuel Ranger, technico-commercial chez Florentaise, une entreprise dont l’imagination est aussi fertile que les terreaux nouvelle génération qu’elle conçoit, et qui a participé à l’édition 2017 de Paysalia.

Paysalia : Vous avez créé un terreau écologique que vous avez présenté lors du salon Paysalia 2017. Pourquoi avoir choisi de travailler sur ce sujet ?

Emmanuel Ranger : Le domaine horticole utilise depuis de nombreuses années les substrats à base de tourbes, issue des pays baltes ou d’Irlande. Or, cela pose trois problèmes majeurs :

  1. La tourbe n’est pas un produit renouvelable ! Il faut plusieurs milliers d’années pour créer cette matière résultant de la décomposition de sphaigne : environ 3 000 ans pour la tourbe blonde et 8 000 ans pour la tourbe noire. En tant que fabricant de terreau, notre devoir était de trouver des solutions écologiquement responsables et de d’élaborer des substrats à partir de matières premières renouvelables à l’échelle humaine.
  2. Les tourbières sont des écosystèmes uniques, avec des rôles majeurs dans la purification de l’air et de l’eau, dans le stockage du CO², qui régulent les conditions climatiques locales (évapotranspiration). Environ 50 % de la biodiversité mondiale est localisée dans ces zones humides qui ne représentent que 3 % du territoire.
  3. Enfin, l‘exploitation et le transport de la tourbe génèrent beaucoup de CO², ce qui accroît les effets du réchauffement climatique.
Emmanuel Ranger Florentaise

Emmanuel Ranger, technico-commercial chez Florentaise

Ce n’est donc plus souhaitable de continuer à entretenir les espaces verts avec cette matière première, et il est tout à fait possible que des limitations voire des interdictions d’exploitation apparaissent dans les prochaines années.

C’est pour cela que depuis 20 ans, nous élaborons des innovations jardin durables pour nous affranchir de la tourbe, de manière industrielle, en fabriquant des matières premières renouvelables, recyclées, locales.

La gestion de l’eau est devenue un réel enjeu pour les professionnels du paysage. L’utilisation d’un terreau écologique augmente-t-elle les besoins en eau des espaces verts ?

Les collectivités ont des exigences de fleurissement qui nécessitent un terreau à la fois poussant et rétenteur d’eau afin de limiter les arrosages lors de l’entretien d’un espace vert. En réponse, nous avons élaboré une gamme de substrats sans tourbe, à base de fibre d’écorce de pin maritime, qui permettent d’avoir les mêmes résultats que les mélanges tourbeux en termes de porosité et de rétention d’eau.

Pour les terreaux de fleurissement, nous ajoutons du Fertisorb, un hydrorétenteur qui augmente la réserve utile en eau de nos substrats. Il stocke l’eau lorsque celle-ci est abondante et la restitue lorsqu’elle est plus rare. Cette technologie permet de limiter la fréquence d’arrosage, voire même d’en manquer, en cas de canicule par exemple, sans graves conséquences sur les espaces verts.

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Quels sont les enjeux à relever pour que le terreau écologique se fasse une place de choix auprès des professionnels ?

Son usage doit se généraliser. Les collectivités commencent à s’y intéresser pour l’entretien des espaces verts, comme la ville de Paris, mais il faut que le terreau écologique rentre dans les moeurs. Il y a un vrai travail d’éducation à faire car beaucoup ne sont pas conscients des problématiques posées par le terreau traditionnel.

Les enjeux ne sont également pas les mêmes suivant le marché. Nous avons ouvert une usine en Chine et une en Inde car le marché asiatique s’intéresse de près à l’impact écologique de ces matières. Il est très réceptif aux nouvelles solutions de terreau : n’ayant pas de tourbières à proximité, ces pays devaient importer leur terreau, avec des coûts forcément plus élevés. S’installer dans d’autres pays est également une opportunité pour nous d’identifier des matières locales que nous pouvons réutiliser.

Enfin, et non des moindres, il y a un vrai challenge économique à relever. Il n’y a aucune chance que le terreau écologique se fasse une place parmi les professionnels du paysage s’il coûte plus cher que le terreau traditionnel. Heureusement, nous avons pu prouver avec notre nouvelle gamme que c’est tout à fait possible de proposer du terreau écologique dans les mêmes prix de marché !

Vous avez gagné un Trophée Paysalia Innovations en présentant votre gamme de terreaux professionnels Ecolabel. Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Nous avons eu un très bon accueil de la part des paysagistes, des collectivités et même de nos concurrents ! Beaucoup ne savaient pas que notre alternative existait pour entretenir leurs espaces verts. Nous avons depuis effectué plusieurs essais auprès de collectivités et producteurs. Gagner ce trophée nous a apporté de la visibilité, et donne une belle image de notre entreprise. Il reconnaît notre côté novateur et nous prouve que nous n’avons pas à rougir face à nos concurrents européens. Nous en sommes très contents !

Trophées Paysalia Innovations 2017 : retour sur la consécration des 6 lauréats !

Merci à Emmanuel Ranger de Florentaise pour son expertise.

Retrouvez l’interview de Florentaise lors du salon Paysalia 2017 !

Crédit photo : Pixabay / Congerdesign

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