Les phytotechnologies, des outils durables pour la gestion des sols pollués

Phytotechnologies et dépollution des sols

Qu’il s’agisse de réassigner l’usage d’un sol pollué pour une collectivité, de contenir des polluants pour un industriel ou d’enrichir ses prestations pour un professionnel du paysage, tout le monde gagne à s’intéresser de plus près aux phytotechnologies. Nous avions déjà consacré une table ronde à ces techniques, dont la phytoremédiation, lors du salon Paysalia 2017 et avons souhaité revenir sur ce sujet en compagnie de Valérie Bert, ingénieure étude et recherche à l’INERIS, Unité Technologies et Procédés Propres et Durables.

Les phytotechnologies en quelques mots

Les phytotechnologies regroupent un ensemble de techniques visant à améliorer les fonctions et la structure d’un sol via l’utilisation in situ de végétaux pour extraire, contenir ou dégrader des polluants organiques ou inorganiques. Les phytotechnologies s’intègrent dans une logique de développement durable et ne se développent sur le terrain que depuis une dizaine d’années en France, qui est un des pays les plus avancés sur la question.

Le terme de phytotechnologie est préféré à celui, plus connu, de phytoremédiation car ce dernier désigne uniquement l’action de dépollution des sols à travers le végétal et non la gestion d’un sol pollué.

Les phytotechnologies, des réponses adaptées à de multiples enjeux

Le sol reste une ressource limitée

Le sol est une ressource non renouvelable, pourtant beaucoup de sols sont aujourd’hui pollués ! Il faut donc trouver des solutions pour limiter la nécessité d’excaver les sols pour les traiter ou les stocker hors-site, ce que permettent les phytotechnologies. Ces dernières sont par ailleurs utilisables sur un grand nombre de sols : « il peut s’agir de sols industriels, de sols délaissés en zone urbaine, de sols agricoles pollués par des métaux ou produits organiques… Il est également possible de gérer des sols toujours en activité. Par ailleurs, il est possible de traiter de vastes surfaces ! » souligne Valérie Bert.

De nouvelles opportunités d’aménagement d’espaces verts en ville

La prise de conscience environnementale mène les collectivités à entreprendre de plus ambitieux projets d’aménagements paysagers. Utiliser les phytotechnologies sur des sols vacants redonne une fonction de poumon vert à ces espaces, permettant d’influer positivement sur le bien-être des riverains qui voient notamment la qualité de l’air s’améliorer. « De plus, les plantes améliorent significativement l’esthétisme d’un sol perçu de manière négative et de le transformer en un sol positif. » relève Valérie Bert. Le développement vert de la ville étant une thématique forte du salon Paysalia, des visites sur site sont proposées à chaque édition. En 2017, les participants ont justement eu l’occasion d’aborder la problématique de la dépollution des sols. Retrouvez leurs impressions !

La création de nouvelles ressources

Pour des raisons de sécurité, la gestion d’un sol pollué via les phytotechnologies vise à donner un usage non-alimentaire au site. L’aménagement de cet espace vert pourra alors créer de nouvelles ressources à exploiter. « On peut utiliser ces sols comme créateurs de biomasse : on peut par exemple y faire pousser des arbres qui seront utilisés pour leur bois, sous certaines conditions, dans une filière énergétique. Il s’agit finalement de mettre en place une économie circulaire. De plus, la valeur foncière des sols augmente lorsqu’ils deviennent producteurs de biomasse. C’est bénéfique pour tous ! » explique Valérie Bert.

Les phytotechnologies d’un point de vue technique

Exemple de phytotechnologie appliquée

Arabette de Haller en fleur (hyperaccumulateur de Cadmium et de Zinc). © Valérie Bert, INERIS

Les phytotechnologies utilisent de nombreux végétaux (il n’existe pas de « plante miracle » !) et se montrent efficaces sur une grande variété de polluants. Cependant, si certaines plantes sont en capacité d’extraire les métaux, le plomb reste le talon d’Achille de la phytotechnologie car il n’existe à ce jour aucune plante hyperaccumulatrice de plomb.

Valérie Bert ajoute que « même s’il existe des plantes qui accumulent du métal, ces plantes ne seront jamais capables de dépolluer complètement les sols. On n’obtiendra pas le même niveau de sécurité par rapport au stockage de sol hors-site. C’est pour cela que l’on se pose la question au cas par cas d’autoriser ou non les usagers à venir sur des sites encore pollués, même s’ils le sont de moins en moins au fur et à mesure du temps. »

Concernant le traitement du sol, il s’agit de recréer une couverture végétale qui diminue le contact de la terre polluée avec les animaux de passage et limite les envols de poussières. Les plantes nouvellement installées ont droit à un petit « coup de pouce » pour améliorer leur efficacité via l’ajout de micro-organismes, tels les champignons mycorhiziens qui vont séquestrer les polluants dans les racines de la plante, limitant ainsi les expositions. Dans le cas des polluants organiques, par exemple les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques, qui sont des composés à forte toxicité présents dans de nombreux milieux environnementaux, les micro-organismes se font aider par les plantes pour les dégrader progressivement.

Qui est habilité à intervenir sur un projet de phytotechnologie ?

L’utilisation sur le terrain des phytotechnologies étant récente, il n’existe pas de diplôme spécifique sanctionnant ces méthodes. Les paysagistes, architectes et collectivités souhaitant utiliser les phytotechnologies dans le cadre d’un projet peuvent se référer aux bureaux d’études, à la communauté scientifique ainsi qu’à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) qui a participé à l’élaboration de règles professionnelles éditées par l’Unep et de guides dédiés aux phytotechnologies avec l’ADEME.

Un autre exemple de réappropriation d’un espace pollué : les réseaux de transport

Les phytotechnologies sont des alliées de choix pour la gestion et la dépollution des sols ainsi que l’aménagement de futurs espaces verts. Des études scientifiques étant en cours pour approfondir nos connaissances de ces techniques, il s’agit d’un sujet soumis à une forte évolution dans les années à venir. Nous aurons probablement l’occasion d’en reparler lors du salon Paysalia dont les inscriptions exposants sont déjà ouvertes !

Nos remerciements à Valérie Bert pour sa contribution.


Crédit photo : © lassedesignen / stock.adobe.com

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