Interdiction des néonicotinoïdes : quel impact sur l’entretien d’un espace vert ?

Interdiction des néonicotinoïdes : quel impact sur l’entretien d’un espace vert ?

Après 27 mois de débats, les députés français ont voté l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes, plus connus sous leur surnom de « tueurs d’abeilles ». Une bonne nouvelle pour l’environnement mais une sacrée décision pour l’État et les collectivités qui doivent trouver dès aujourd’hui des alternatives plus écologiques pour l’entretien des espaces verts. On fait le point.

Les néonicotinoïdes, des insecticides dangereux pour les abeilles… et les humains

 
Les insecticides néonicotinoïdes ont été conçus et introduits sur le marché au milieu des années 1990 pour leur capacité à interagir sur les récepteurs cérébraux des insectes ravageurs. Seulement, les insectes pollinisateurs et certains mammifères disposent aussi de ces récepteurs cérébraux : les néonicotinoïdes sont nocifs pour l’environnement et contribuent notamment à la disparition des abeilles. Pour préserver la santé des pollinisateurs, le ministère de l’Agriculture a d’ailleurs publié une liste de 200 plantes attractives pour les abeilles. Mais les abeilles ne sont pas les seules concernées…

Une récente étude a montré qu’en plus de tuer les abeilles, les néonicotinoïdes auraient un impact sur les humains. En effet, une exposition chronique aux substances contenues dans ces néonicotinoïdes aurait de graves effets neurologiques et une influence sur le développement du cerveau humain. Les néonicotinoïdes augmenteraient notamment le risque d’autisme, de troubles de la mémoire, de malformations congénitales du cœur et du cerveau à la naissance (1).

Interdiction des néonicotinoïdes : ce que prévoit la loi

 
Face à de tels dangers, dans le cadre de la loi n°2016-1087 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages (2), les produits contenants des néonicotinoïdes seront progressivement remplacés puis interdits en France à compter du 1er septembre 2018. Dès lors, l’utilisation de ces pesticides sera interdite sur l’ensemble des cultures agricoles et des espaces verts.

Pour autant, des dérogations peuvent être accordées jusqu’au 1er juillet 2020, à condition qu’aucune alternative ne soit possible. Ces exceptions seront décidées par un arrêté conjoint des ministres de l’agriculture, de l’environnement et de la santé.

Entretien d’un espace vert : quelles alternatives aux néonicotinoïdes ?

 
Pour l’heure, on dénombre 5 grandes familles d’alternatives. Il s’agit notamment d’utiliser des produits de biocontrôle autorisés (3) pour entretenir un espace vert sans produits phytosanitaires.

  • Le recours à des médiateurs chimiques. Utiliser des phéromones permet de créer une confusion sexuelle chez les insectes ravageurs et ainsi de limiter leur reproduction.
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  • L’utilisation de micro-organismes prédateurs et de bactéries qui luttent contre les insectes ravageurs, comme le Bacillus thuringiensis (Bt).
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  • L’usage de macro-organismes, d’animaux ou de parasites prédateurs d’insectes. Par exemple, la mésange permet de lutter contre la chenille processionnaire.
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  • L’utilisation d’insecticides plus écologiques à base de substances naturelles telles que des huiles essentielles ou des extraits de plantes.
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  • L’adoption de méthodes préventives – ou prophylaxie – qui regroupent toutes les techniques permettant de limiter le nombre d’insectes ravageurs. Il est notamment possible de poser des filets de protection sur les plantes, d’utiliser des plantes plus résistantes ou encore de désinfecter les sécateurs pour éviter toute contamination croisée lors de l’entretien d’un espace vert.

 

Pour entretenir un espace vert de façon plus écologique,
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Pour assurer l’entretien d’un espace vert en respectant l’interdiction des néonicotinoïdes, il est donc indispensable de se tourner vers de nouvelles pratiques. Associer l’usage de méthodes alternatives et de produits plus naturels permettra de retrouver une certaine efficacité face aux insectes ravageurs tout en chassant progressivement les néonicotinoïdes de nos paysages… et de nos têtes !

Merci à Yannick Cariou, de Fredonra, pour nous avoir apporté son expertise sur le sujet.

(1) Environmental Health Perspectives, Étude de Melissa P. Jerry, George Washington University, États-Unis
(2) Legifrance, Loi n° 2016-1087 sur la Reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, Article 125
(3) Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, Liste des produits phytopharmaceutiques de biocontrôle

Crédit photo : Fotolia / Encierro

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