Éco-urbanisme : quels enjeux pour la gestion des eaux pluviales ?

Green cities: issues with rainwater harvesting in urban environments

La gestion des eaux pluviales peut devenir un véritable casse-tête pour les collectivités. En effet, les espaces goudronnés et bétonnés, majoritaires en ville, empêchent une absorption locale des précipitations. Celles-ci sont ensuite acheminées via des collecteurs vers les centres de traitement où elles s’accumulent, souvent très polluées et présentant divers risques pour la population. Une gestion alternative épaulée par l’éco-urbanisme est devenue une urgence.

Le tout-à-l’égout : les limites du modèle actuel

La sécurité, la santé des habitants ainsi que l’environnement sont mis en danger par l’utilisation quasi systématique du tout-à-l’égout, doublé de l’imperméabilisation des sols.

Il s’agit d’un système ancien pensé au XIXe siècle qui, malgré les progrès réalisés dans les années 1970, ne peut absorber de grandes quantités d’eau de pluie. La gestion du débit est donc difficile, augmentant notamment les risques d’inondations. Il est également complexe de dépolluer ces eaux qui, en ruisselant au lieu d’être absorbées localement, lessivent les sols, entraînant avec elles les déchets produits par l’activité humaine.

Les problèmes de ruissellement sont d’ailleurs accentués par un développement urbain en accélération. Selon le Ministère de la Transition écologique et solidaire (1), 200 à 250 km² de sols sont imperméabilisés annuellement depuis les années 1980 en France métropolitaine et outre-mer.

Un nouveau modèle prisé malgré certains obstacles

Les stratégies nouvelles consistent en un retour à l’absorption par les sols et les végétaux. En effet, en matière de gestion des eaux de pluie, rien n’est plus efficace et écologique que de laisser la nature absorber les précipitations. Pourtant, plusieurs obstacles se dressent face au développement de ce système en milieu urbain.

1/ La redevance d’assainissement ne concerne pas les eaux pluviales

Le taux de la redevance d’assainissement est calculé en ajoutant la part de consommation en eau d’un habitant à une partie fixe. Elle permet ainsi le financement du traitement des eaux usées, via des tuyaux d’évacuation. Le seul dispositif similaire de taxation ayant été abrogé en 2015 (2), l’eau de pluie reste intraçable et non-génératrice de possibilités de financement pour faciliter son traitement, alors qu’elle est déversée dans les évacuations classiques.

2/ Les PLU (plan local d’urbanisme) ne prennent pas en compte l’absorption des terrains

Les PLU doivent pouvoir mettre en place des espaces conçus pour absorber plus facilement l’eau pluviale, prévoir d’intégrer l’eau de pluie à chaque parcelle et limiter l’imperméabilisation galopante des sols.

Les bénéfices de la végétation dans la gestion des eaux pluviales

 

1/ Les végétaux ont la capacité d’absorber et de détourner les eaux de pluie

Grâce à une plantation adaptée, la végétation peut récupérer davantage d’eaux pluviales, notamment grâce au phénomène de transpiration (le végétal absorbe l’eau par les racines et la transpire par les feuilles), ce qui réduit les volumes d’eau à traiter.

2/ La végétation est un dépolluant naturel

En plus de réduire le ruissellement de l’eau et donc les concentrations en polluants, la végétation permet de filtrer les eaux pluviales. Les arbres jouent donc un rôle dépolluant non négligeable. Qui plus est, le végétal peut participer à l’épuration de l’air. Il s’agissait d’ailleurs du thème de l’une des conférences Paysalia 2017. Un réel atout pour les villes !

3/ L’éco-urbanisme permet de créer des îlots de fraîcheur

Pour lutter contre le réchauffement climatique, la végétation permet de créer des îlots de fraîcheur au cœur de la ville. En effet, les rues bordées de grands immeubles et dépourvues d’espaces verts deviennent rapidement des pièges à chaleur par temps de canicule. De plus, ces surfaces bitumées ont du mal à refroidir la nuit. Les grands parcs, les bords de rivières et les grandes artères ombragées forment des îlots de fraîcheur grâce à la présence d’arbres, de gazon ou de murs végétaux.

L’utilisation du végétal représente ainsi une très bonne stratégie de gestion des eaux de pluie !

Les impacts d’une nouvelle gestion de l’eau pluviale via l’éco-urbanisme

Cette solution présente d’autres bénéfices à une échelle plus globale.

Les problèmes de santé publique sont réduits, car non seulement la pollution est moins importante, limitant les risques de pathologies respiratoires, mais les vertus absorbantes des arbres et autres végétaux empêchent également l’apparition de maladies dues à la stagnation des eaux.

Nous en parlions lors de notre récent article sur le lien entre la santé et l’aménagement paysager : le bien-être apporté par les espaces verts en milieu urbain peut aussi jouer un rôle crucial en ville réduisant le stress des habitants de manière visible et durable.

Les risques d’inondation sont réduits de manière drastique, créant un environnement plus sécurisé aussi bien sur le plan matériel que sur le plan sanitaire.

On assiste en outre à un retour de la biodiversité, encourageant la conservation voire la sauvegarde d’une certaine flore et, a fortiori, de faune en milieu urbain.

Enfin, la démocratisation de l’éco-urbanisme peut redonner de la valeur à certains terrains, redynamisant les zones environnantes.

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L’éco-urbanisme est une stratégie des plus optimales non seulement dans le cadre de la gestion des eaux pluviales, mais plus généralement dans la construction d’une ville durable et écoresponsable. Les professionnels du paysage, les collectivités aussi bien que les habitants ont tout intérêt à s’intéresser à ce sujet de près !

(1) Ministère de la Transition écologique et solidaire
(2) Techni.Cités

Remerciements à Pascal Goubier, Directeur adjoint du patrimoine végétal de la Métropole de Lyon, pour sa contribution.

Crédit photo : Pexels / Markus Spiske

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