Comment entretenir un espace vert urbain sans produits phytosanitaires ?

Entretien d'un espace vert sans produits phytosanitaires

La loi sur la transition énergétique risque de bien changer le paysage économique des collectivités… voire le paysage tout court ! Car quand il n’est plus possible d’utiliser des produits phytosanitaires pour l’entretien d’espaces verts ouverts au public, il faut bien trouver des alternatives… On met les choses au clair !

Une nouvelle réglementation dans le paysage des collectivités

Depuis le 1er janvier 2017, l’utilisation de produits phytosanitaires dans les lieux ouverts au public est interdite. Cette réglementation entre dans le cadre de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (1). Et il faut dire que c’est plutôt une bonne nouvelle… pour l’environnement, pour les usagers et pour les opérateurs. Mais pour l’État, les collectivités locales et les établissements publics, cela se traduit surtout par l’obligation de trouver de nouvelles alternatives, plus vertes.

Quand on parle de lieux ouverts au public, il s’agit surtout des espaces verts, forêts, voiries et autres promenades. Outre les exceptions faites pour les cimetières et les terrains de sport, la loi Pothier (publiée le 21 mars 2017) a modifié la loi Labbé initiale en rajoutant plusieurs cas d’exemption (2). Les zones considérées comme dangereuses, notamment pour les personnes en charge de l’entretien, peuvent faire l’objet d’une dérogation, ainsi que le patrimoine historique ou biologique considéré comme étant menacé par des dangers sanitaires.

Tous les produits ne sont pas concernés non plus. Les pesticides chimiques sont interdits, mais l’utilisation de produits à faible risque, utilisables en agriculture bio ou faisant partie de la liste des produits de biocontrôle (3) n’est pas limitée. Pour le reste, vous l’avez compris, il faut trouver des alternatives.

La gestion différenciée, une alternative plus verte… et plus économique !

La gestion différenciée, qui consiste à ne pas appliquer les mêmes soins sur l’ensemble d’un espace vert, est considérée comme étant la meilleure alternative… en termes de coût pour les collectivités. Pourquoi ?

Les nouvelles méthodes d’entretien des espaces verts, manuelles notamment, demandent beaucoup plus de temps que le traitement aux produits phytosanitaires, indique Barbara Dekeyser, ingénieure agronome chez Aralia : en termes de main d’œuvre, elles coûtent plus chères aux collectivités. Alors plutôt que de tondre 100 % d’un espace vert, l’idée serait plutôt d’en tondre 25 % et de convertir en prairie fauchée ou fleurie naturellement les 75 % restants. Ainsi, les collectivités gagnent du temps sur l’entretien de l’espace vert, et donc de l’argent qui pourra être alloué à d’autres traitements sans produits phytosanitaires.

Mais pour que cela fonctionne, il est parfois nécessaire de réaménager les espaces. Mieux, il semble important de repenser la gestion de l’entretien dans son intégralité.

L’idée n’est plus simplement de trouver une alternative plus verte aux produits phytosanitaires, mais aussi de revoir la façon dont l’espace est géré. Quelles nouvelles méthodes employer ? Sur quelles parcelles de terrain ? Comment réorienter les compétences et former les employés ? Pour Barbara Dekeyser, il faut « concevoir différemment les espaces verts pour construire quelque chose de pérenne, il faut couper avec les habitudes qui ont été prises ».

Quelques exemples concrets pour traiter sans produits phytosanitaires

Aujourd’hui, en plus de la gestion différenciée, de nombreuses alternatives aux produits phytosanitaires existent, pour que chacun puisse être dans les clous de la réglementation sans exploser les budgets. Vous voulez quelques exemples concrets ?

Utiliser de nouvelles méthodes d’entretien…

 

  • on peut citer différentes méthodes de désherbage comme le désherbage thermique (à la vapeur d’eau, à l’infrarouge ou à la flamme) ou encore le désherbage mécanique, avec des outils comme la balayeuse, la brosse rotative ou la binette ;
  • on peut recouvrir les sols, en prévention, comme avec le paillage
    ou l’enherbement ;
  • faire appel à l’éco-pastoralisme, qui consiste à installer des troupeaux d’animaux herbivores dans les espaces verts. Par exemple, les chèvres raffolent du polygonome, une plante très envahissante ;
  • ou encore utiliser des produits bio à base, par exemple, d’acide pélargonique, validés en biocontrôle, qui ont pour effet de faner les plantes.

 

… ou profiter du savoir-faire des insectes et autres vers !

 

  • Les larves de coccinelle, ou chrysopes, sont particulièrement efficaces contre les pucerons.
  • Les nématodes, des vers microscopiques, peuvent être utilisés pour
    dévorer, de l’intérieur, les tigres du platane à l’origine de la chute prématurée
    et abondante des feuilles.
  • Les parasitoïdes, comme des guêpes ou des mouches, permettent de lutter contre la pyrale du buis. Attention toutefois, car ils présentent des contraintes de conservation !

Et ce ne sont que des exemples… Pour entretenir un espace vert sans produits phytosanitaires, les solutions ne manquent pas. Aujourd’hui, il semble essentiel de se tourner vers de telles alternatives et de les intégrer à une nouvelle gestion des espaces verts. Pour faire des économies, respecter la nouvelle réglementation… et notre planète !

Merci à Barbara Dekeyser pour nous avoir apporté son expertise sur le sujet.

Vous voulez savoir comment mieux entretenir vos espaces verts ?
Être au courant des dernières innovations ?

(1) Legifrance, Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte
(2) Ecophyto, Loi Pothier
(3) Agriculture.gouv.fr, Liste des produits de biocontrôle
(4) UNEP, Guide des techniques alternatives de gestion des espaces verts, mis à jour en septembre 2016

Crédit photo : Pixabay / Myriam-Fotos

3 commentaires

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  2. Caillet   •  

    Attention, il existe la loi Labbé, mais la loi Pottier votée en 2017 modifie les interdictions concernant les produits phytosanitaires dans les lieux recevant du public.
    Les trichogrammes contre la pyrale du buis ne sont pas efficaces totalement et présentent des contraintes de conservation.

    • Paysalia   •  

      Bonjour M. Caillet,

      Nous vous remercions pour vos remarques pertinentes. Nous avons rajouté ces précisions dans l’article.

      Nous vous souhaitons un très bel été !

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