Comment mettre l’aménagement paysager au service de la santé publique ?

Landscape planning and public health

Les villes vertes, fleuries et ombragées sont plébiscitées par la population. Mais derrière nos parterres de géraniums parfaitement entretenus se cache souvent une réalité moins idyllique : l’utilisation de produits phytosanitaires est un danger pour la santé. Malgré une nouvelle législation, mettre l’aménagement paysager au service de la santé publique s’avère complexe. Pascal Goubier, Directeur adjoint du patrimoine végétal de la métropole de Lyon et expert Hortis, nous a aidé à débroussailler le sujet.

Traitement des espaces verts en « zéro phyto » : des obstacles à surmonter

 
Les produits phytosanitaires n’ont plus de secrets pour les chercheurs et les scientifiques : s’ils sont mis en valeur par certains lobbies, nous savons aujourd’hui qu’ils sont mauvais pour la santé. Cependant, parvenir à un traitement des espaces verts sans pesticides présente certains freins, notamment pour des espaces comme les cimetières ou la voirie.

1/ Les difficultés techniques

Quand il s’agit d’allier aménagement paysager et santé publique, la première difficulté qui se présente est d’ordre technique. Selon Pascal Goubier, « lutter contre l’herbe avec des processus alternatifs demande un certain savoir-faire. Les jardiniers ont acquis cette technique, mais les agents chargés de la propreté aux abords des routes ne la maîtrisent pas. Des formations sont essentielles pour les sensibiliser aux problématiques environnementales. »

2/ Les mentalités citadines

Les citadins ont l’habitude de voir des espaces nets. Dès lors qu’une tige verte pointe le bout de son nez, elle est considérée comme étant une mauvaise herbe. Pour parvenir au « zéro phyto », il est donc indispensable de faire évoluer les mentalités.

3/ L’absence de soutien politique

S’il est nécessaire de désherber les endroits prioritaires, il peut être bon de laisser la nature reprendre ses droits dans d’autres zones… mais cela demande une vraie volonté politique.

4/ Le manque de visibilité

L’influence des produits néfastes n’est pas visible à court terme, comme le rappelle Pascal Goubier : « l’impact des produits phytosanitaires sur la santé n’est pas visible immédiatement. Les agents chargés des espaces verts se plaignent plus rapidement d’un mal de dos que des effets des produits phytosanitaires. »

5/ L’aménagement paysager des espaces verts

Depuis plusieurs décennies, les professionnels aménagent des zones conçues pour être gérées avec des produits phytosanitaires. « La révolution à venir doit donc passer par une nouvelle manière de concevoir les aménagements. L’ensemble des aménageurs et des chargés de projet doit concevoir de nouveaux espaces gérables sans produits phytosanitaires », conseille Pascal Goubier.
 

Pour aller plus loin : quel est l’impact de l’interdiction
des néonicotinoïdes sur l’entretien des espaces verts ?

Les limites de la législation pour l’aménagement paysager

 
Malgré la nouvelle législation, seulement 1 ville sur 10 est passée au « zéro phyto » concernant l’entretien des terrains de sport et des cimetières (1). Un chiffre qui témoigne de l’ampleur de la tâche qu’il reste à accomplir.

À savoir
Dans la loi Labbé – sur l’utilisation des produits phytosanitaires –, il est mentionné que les espaces verts, forêts, promenades et voiries ne doivent plus être entretenus avec des produits phytosanitaires (2). L’absence des stades et des cimetières dans cette réglementation n’encourage pas les mairies à traiter ces espaces sans pesticides.

L’aménagement paysager des cimetières

Pour les cimetières, la difficulté est liée aux usagers : l’herbe présente dans ces zones de recueillement peut être perçue comme un signe irrespectueux de négligence. Les collectivités n’osent pas aborder un sujet aussi sensible par peur de froisser leurs administrés. Pourtant, une étude publiée par Plante & Cité montre qu’il est possible de concilier le respect des défunts avec l’apparition d’une flore spontanée (3).

L’aménagement paysager des terrains de sport

Les puristes diront que dribbler sur des trèfles et des pissenlits est impensable. Selon Pascal Goubier, « les caractéristiques techniques sont complexes concernant les stades : les sportifs veulent de l’herbe sans mottes de terre et faux rebonds. Dans un futur proche, il est donc possible que de plus en plus de terrains deviennent synthétiques. »
 

Pour en savoir plus sur les terrains de sport
naturels et synthétiques, lisez cet article !

 
Rappelons également qu’en 2019, les produits phytosanitaires seront interdits à la vente aux particuliers : le public n’aura plus le choix, mais il est primordial de commencer par changer les mentalités et les habitudes !

L’importance d’associer les services de santé aux services espaces verts

 
C’est un fait : l’environnement a un impact sur notre organisme. Alors pourquoi ne pas créer une véritable passerelle entre les services de santé et les services espaces verts ?

Cette question pleine de bon sens illustre une nouvelle manière de concevoir la ville. « Auparavant, le végétal était synonyme de dépenses pour les collectivités », rappelle Pascal Goubier. « Aujourd’hui, nous savons que les arbres apportent de l’oxygène, qu’ils sont dépolluants, anti-stress et bénéfiques pour la santé de la population. Il est donc indispensable de se rapprocher des médecins pour parvenir à quantifier l’impact de la végétation sur la santé publique. »

Penser globalement, en prenant en compte les tenants et les aboutissants, est le défi qui attend les politiques et les professionnels de l’aménagement paysager dans les années à venir. Tous ont un rôle à jouer dans la lutte contre la pollution et la reconquête de la biodiversité urbaine, pour le développement durable.

Merci à Pascal Goubier d’avoir partagé son expertise sur le sujet.

(1) Observatoires ville vertes, Infographie « Jardins et santé : vers des “villes saines” ? »
(2) Écophyto pro, Le point sur la Loi Labbé
(3) Plante & Cité, Réhabilitation écologique et paysagère des cimetières : Un recueil à destination des élus et gestionnaires

Crédit photo : Pexels / Adrianna Calvo

Un commentaire

  1. SAGNE   •  

    Après la lecture de cet article qui fait état de la complexité de notre métier de gestionnaire, je vous livre mon sentiment et quelques uns de mes propres retours d’expériences.
    Si notre métier est si complexe c’est parce qu’il relève du vivant et c’est ce qui rend nos efforts du quotidien et notre capacité à nous remettre en question qui le rendent riche et passionnant.
    Notre communication aujourd’hui vers le rend public consiste davantage à faire connaitre la diversité végétale de toutes les espèces « d’herbes folles » aux habitants pour qu’ils en comprennent la richesse que de prôner des méthodes de « lutter contre » s’avérant souvent vaines.
    La pédagogie vers les élus est capitale et là encore plusieurs leviers sont à la disposition des gestionnaires: la réglementation qui soutient aujourd’hui les politiques publiques en matière de protection des milieux, le principe de précaution en matière de sécurité du public et des personnels et la question de la responsabilité des élus face aux conséquences sur la santé à moyen ou long terme. Les élus sont de plus en plus conscients des risques qu’ils encourent à ignorer les éléments d’aide à la décision de leur administration. On peut citer le cas des terrains synthétiques qui pourrait être cause de cancers . « selon une étude à paraître de l’Université de Yale, pas moins de 190 substances classées toxiques ou cancérigènes se retrouvent dans ces granulés en caoutchouc ». Selon le magasine So Foot « plusieurs villes (New York, Amsterdam) ont décidé de freiner ou d’arrêter la création de nouvelles structures de terrains synthétiques »
    Alors que ce soit pour la gestion des cimetières que des terrains de sport, le partage des bonnes pratiques, l’échange entre professionnels de terrain et la veille scientifique et technique restent les meilleurs atouts des gestionnaires pour conseiller les élus, former les agents des villes, vulgariser la connaissance vers les habitants, les faire participer à des actions citoyennes sur la ville pour leur faire comprendre le caractère impératif des méthodes écologiques de gestion de l’espace public. Et c’est par des messages positifs et de l’action concrète que cette question du « zéro phyto » ne sera plus qu’un lointain souvenir pour les générations futures dans la ville de demain.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *